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Ankara place les prix sous surveillance policière

Ecrit par Hakan Akgün, 2018-10-15 18:21:41


Avec un taux d’inflation de 24,5 % et une baisse de la livre turque, le pays sombre dans la crise économique. Le gouvernement tente de contrôler la spéculation et a gelé le prix du pain.

Dans le cadre de la « guerre totale » déclarée par le ministre des finances Berat Albayrak à l’inflation, les autorités turques n’y vont pas avec le dos de la cuillère.

Crise économique oblige, la police municipale a été investie d’une nouvelle mission : contrer la valse des étiquettes. Un peu partout à travers le pays, des policiers en uniforme ont été vus en train de vérifier les prix des marchandises sur les étalages des supermarchés. Les commerçants indélicats, menacés de sanctions pécuniaires s’ils augmentent les prix, ont été mis en garde. Les prix de certaines denrées alimentaires, du pain notamment, ont été gelés. Contre les spéculateurs, la mobilisation se veut générale.

« J’en appelle à mon peuple. Lui seul est à même de surveiller de près ce qui se passe dans les épiceries. Si les prix sont exagérés, il faut qu’il en informe immédiatement la police municipale », a expliqué le président Recep Tayyip Erdogan, lors d’une rencontre avec des militants de son parti, l’AKP (Parti de la justice et du développement, islamo-conservateur), mercredi 3 octobre.

Il réagissait à la mauvaise nouvelle annoncée un peu plus tôt par l’Institut turc des statistiques (TÜIK), à savoir que le taux d’inflation venait d’atteindre 24,5 % en rythme annuel au mois de septembre, son plus haut niveau depuis quinze ans. Un véritable camouflet pour le gouvernement. Il fallait un responsable. Enver Asti, le directeur adjoint de l’Institut, a donc été contraint de démissionner quelques heures après avoir transmis en haut lieu les derniers chiffres de l’inflation.

Il y a quinze ans, Recep Tayyip Erdogan accédait au poste de premier ministre, porté par ses promesses de prospérité. L’économie était en mauvaise posture, l’inflation galopait. Pour repartir sur des bases solides, il fallut dévaluer la devise locale, à laquelle on enleva six zéros en janvier 2005.

Par la suite, l’inflation fut maîtrisée, la prospérité semblait à portée de main. Le rêve aujourd’hui s’écroule pour une large partie de la population. La dépréciation de la monnaie, qui a perdu 40 % face au dollar depuis le début de l’année, la hausse des prix, la chute du niveau de vie donnent des sueurs froides aux ménages turcs, contraints de regarder à deux fois avant de se lancer dans un achat, aussi minime soit-il. « Pas facile de garder mon budget à l’équilibre », avoue Semra, occupée à faire ses courses après son travail dans un magasin d’alimentation du quartier populaire de Sisli, à Istanbul. « Tout augmente si vite, les produits alimentaires, le gaz, l’électricité, seuls les salaires restent stables », résume cette quinqua, employée de banque, mariée et mère de trois enfants.

La crise actuelle contraint l’AKP à rechercher sans cesse de nouveaux boucs émissaires, tantôt à l’extérieur, tantôt à l’intérieur du pays. Au mois d’août, au plus fort de la crise diplomatico-commerciale avec les Etats-Unis, l’ennemi désigné était le dollar, « le lobby des taux d’intérêt », dont les profits étaient « plus juteux que le commerce de l’héroïne », selon le numéro un turc, prompt à évoquer « la guerre économique » déclenchée par Washington pour mettre la Turquie à genoux. La vindicte antiaméricaine, dans les rangs du gouvernement, est passée au second plan. Désormais, les spéculateurs internes sont sur la sellette.

Berat Albayrak, a même annoncé, le mois dernier, la signature d’un contrat entre le gouvernement et le cabinet de conseil américain McKinsey, « chargé de contrôler nos réalisations chaque trimestre » pour œuvrer au redressement de l’économie. Ce choix a cette fois suscité un tollé du côté de l’opposition kémaliste et un certain affolement des patriotes sur les réseaux sociaux, persuadés que des secrets d’Etat allaient passer aux mains des Américains par l’intermédiaire de McKinsey.

Abdurrahman Dilipak, l’un des chantres de l’AKP, éditorialiste au quotidien pro-gouvernemental Yeni Akit, est même sorti de ses gonds, promettant « l’enfer » au gouvernement « s’il persistait dans sa décision ». Réponse du ministre des finances : « Ceux qui refusent de travailler avec McKinsey sont des ignorants ou des traîtres. » Le président Erdogan a mis fin à la polémique, samedi 6 octobre, en proclamant la fin du contrat avec le cabinet américain. « J’ai donné l’ordre à mes ministres de ne pas accepter ses conseils », a-t-il conclu.

Source ; avec LeMonde

Livre turque statistiques
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