Novelas TV lance la série phénomène Fatmagül

Ecrit par Hakan Akgün, 2018-05-12 00:45:59


Véritable succès à l’étranger, le soap opera turc débarque pour la première fois en France sur Novelas TV à partir d’aujourd’hui et tous les jours à 16h50

Adapté du roman éponyme de Vedat Türkali, Fatmagül, écrit par des scénaristes femmes, dépeint le combat d’une jeune femme violée et confrontée au poids du traditionalisme turc.

Haro sur les agressions sexuelles ! C’est ce message, d’un balbutiement de révolte, que les producteurs de la série veulent faire passer. L’histoire ? Fatmagül (jouée par Beren Saat), une jeune femme, vit à Ildir, un village de la côte égéenne dans la magnifique ville de Çesme en Turquie, avec son frère et sa femme qui tiennent une crémerie. Dans quelques semaines, elle doit épouser son fiancé Mustafa (Firat Çelik). Dans le même village vit Kerim (Engin Akyürek), forgeron qui accueille tous les étés ses amis d’enfance, Selim, Erdogan et Vural, issus de famille très riches. Mais un événement tragique va bouleverser la vie de la jeune femme : elle se fait violer par ces hommes complètement ivres le soir de la fête des fiançailles de Selim. Désormais « salie », Fatmagül fait face au regard méprisant des villageois et subit des pressions psychologiques de sa belle-sœur qui s’autoproclame gardienne de la vertu. Très vénale, cette dernière réussira, avec la complicité des familles des agresseurs à faire disculper Selim, Vural et Erdogan. La jeune femme sera obligée, pour « laver son honneur », de se marier avec Kerim alors qu’il n’a pas participé au viol. Leurs vies basculent…

La série au cœur d’une polémique

Diffusé sur la chaîne Kanal D entre 2010 et 2012 en Turquie, Fatmagül, qui aborde les thèmes du viol et du conservatisme de la société turque, a été l’une des séries les plus populaires dans le pays. Un feuilleton qui a pourtant défrisé les milieux politiques conservateurs dès les premiers épisodes. Halide Incekara, députée de l’AKP (parti islamo-conservateur) avait à l’époque critiqué avec virulence : « La scène du viol est contraire aux valeurs morales et aux bonnes mœurs musulmanes. Elle réveille le désir des agresseurs sexuels. Les scénaristes sont des déséquilibrées qui essayent de faire passer leur perversité à travers des fictions ». La télénovela a créé de nombreux remous également dans les milieux médicaux. « Cette scène a fait l’objet d’ironie sur les réseaux sociaux. Les victimes de viols subissent des traumatismes irréversibles et nous devons agir avec responsabilité. Nous élevons nos voix contre tous les médias ou institutions susceptibles de provoquer des violences : ne vous servez pas du viol pour en faire votre business ! » avait fustigé l’association des psychologues de Turquie.

«  Une fiction pour briser le tabou du viol dans une société minée par le poids des traditions...  »

Les producteurs de Fatmagül

Les producteurs de la série s’étaient défendus en soulignant que leur fiction voulait « briser le tabou du viol dans une société minée par le poids des traditions mettant en danger la vie post-traumatique des victimes ». La comédienne Beren Saat, avait elle aussi rebondi : « Je ne comprends absolument pas ces réactions archaïques. Moi et les comédiens avons été suivis et conseillés par des professionnels avant et après la scène du viol. Toute la production a travaillé avec beaucoup de soin pour ne pas choquer les téléspectateurs, les scénarios ont été lus et validés par des experts médicaux. Je trouve navrant d’entendre des remarques des milieux censés aider les femmes victimes d’agressions sexuelles. C’est lamentable et honteux ». L’une des scénaristes Ece Yörenç a renchéri : « Nous pointons une réalité sociologique et culturelle ; il y a malheureusement de nombreuses victimes forcées au silence et il est grand temps que les langues se délient. C’est dans cette vision que nous voulons contribuer à mettre les projecteurs sur les violences sexuelles que subissent les femmes ». En réalité, elle rappelle une loi longtemps pratiquée dans le pays mais disparue en 2005. Il n’était pas rare que les victimes de viol étaient obligées de « laver la honte et le déshonneur qui s’abat sur la famille » en épousant l’auteur du crime pour éviter à ce dernier d’être poursuivi en justice. Cette disposition amnistiant les agresseurs de viols dans certaines conditions - désormais caduque-, reste néanmoins ancrée dans certaines mentalités de la société, au point de pousser le Parlement en 2016 à proposer un nouveau texte de loi allant dans ce sens. Une tentative aussitôt retirée suite à un tollé général.

Succès à l’étranger

Alors qu’à l’époque la polémique persiste en Turquie, Fatmagül déferle sur le petit écran de plus de 100 pays dans le monde. En Amérique latine, on s’entiche très volontiers des « turqueries » : en Argentine par exemple, Engin Akyürek a été élu « le comédien le plus élégant du monde » et serait autant « populaire que Maradona ». Au Pérou, on immortalise le succès de Fatmagül sur la chaîne Latina Pe TV lors d’une soirée spéciale Latina Turkish Awards au cours de laquelle la fiction a reçu le prix de « la série phénomène de l’année » et le trophée « du meilleur final » alors que l’interprète de Kerim a été élu « meilleur acteur ». Face à cet engouement, le soap opera a fait l’objet de deux remakes en Allemagne et en Inde. Et en Espagne, la télénovela turque détrône les séries comme The Big Band Theory ou Modern Family.

Par Reyhan Atay
Source : Le Figaro

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