FORT COMME LE FOOT TURC (3/3)

Imanol Corcostegui, à Istanbul, Bursa et Antalya

Ecrit par Hakan, 2017-10-15 10:00:00


Vendredi 6 octobre le magasine l’Equipe à consacrée 15 pages sur le championnat turc. Turquie-news a décidé de vous présenter quelques extrait.

BAFÉ GOMIS, JÉRÉMY MÉNEZ, YOUNÈS BELHANDA, MATHIEU VALBUENA, SAMIR NASRI... LES ANCIENS DE L1 N’ONT JAMAIS ÉTÉ AUSSI NOMBREUX EN SÜPER LIG TURQUE, QUI RÉUNIT FOLLE PASSION ET GROS MOYENS FINANCIERS. ET POUR L’INSTANT, ILS NE REGRETTENT PAS LE VOYAGE.


NASRI, LEONARDO ET L’ÉNIGME ANTALYA (Antalyaspor-Osmanlispor : 3-0)

À 700kilomètres au sud d’Istanbul, la méditerranéenne Antalya, que les Turcs comparent à Nice, est une station balnéaire prisée, baignée de soleil toute l’année. En apparence, la destination rêvée pour starlettes du foot en préretraite.

Sur les murs qui jouxtent l’immense hall d’accueil de l’hôtel le plus luxueux de la ville, connu pour son parcours de golf éclairé la nuit qui attire les clients fortunés, le visage rond et affable du maître des lieux s’affiche aux côtés d’invités de marque, comme Barack Obama ou Vladimir Poutine. Fils d’une riche famille propriétaire du groupe pétrolier Opet (5,8 milliards de dollars de chiffre d’affaires), Ali Safak Öztürk, 33ans à peine (soit trois de moins que la star de son équipe, Samuel Eto’o), est l’homme derrière lequel se cache l’énigme du dernier mercato.

En recrutant notamment Samir Nasri et Jérémy Ménez en échange de généreux salaires (autour de 4 millions d’euros annuels net pour le premier, 3 millions pour le second), Antalyaspor, un club jusque-là habitué à faire l’ascenseur entre les deux premières divisions turques, a fait sensation. Et le début de saison de cette association de fortes têtes a lui aussi fait causer : résultats médiocres (15e et une seule victoire en 7 journées), brouilles entre Eto’o, Nasri et leur entraîneur, l’ancien international turc Riza Çalimbay, viré au bout de cinq journées...

Assis dans un canapé cosy de son palace, où vivent deux de ses joueurs français et devant lequel est posé son hélicoptère personnel, Ali Safak Öztürk s’évertue à corriger les idées reçues sur ce club qu’il a repris il y a un an. Non, il n’est pas un milliardaire inconséquent décidé à gaspiller de l’argent. « On a fini cinquièmes la saison dernière, le meilleur résultat de l’histoire d’Antalyaspor, rappelle-t-il calmement. Les joueurs recrutés ont constitué de bonnes affaires et ne sont pas venus en vacances, ils ont tous quelque chose à prouver. Le jour de notre rencontre, Ménez avait du feu dans les yeux. Et cette ville a vraiment un immense potentiel. »

À la fin de ses études, l’homme, qui a passé sa jeunesse à Londres, a fondé le site whoscored.com, fournisseur de statistiques pour Chelsea et Manchester City notamment. « Le site m’a par exemple permis de découvrir les excellentes qualités techniques de William Vainqueur (le milieu français a signé début septembre) à un poste dont on avait grandement besoin. » Le businessman a la mine fatiguée. Les derniers jours ont été animés par les négociations avec celui qu’il voit comme la solution à tous ses problèmes, le dompteur de ses fauves : Leonardo. Le 28 septembre, l’ancien directeur sportif du PSG a accepté de devenir l’entraîneur d’Antalyaspor. Une belle prise : le Brésilien, très sollicité pourtant, n’avait plus entraîné d’équipe depuis son départ de l’Inter en 2011. « Il va être la pièce centrale du puzzle : un polyglotte dont la carrière inspire le respect, ni trop relax ni trop discipliné. Et il a déjà travaillé avec Eto’o et Ménez », explique le président.

IL Y A UN AN, ALI SAFAK ÖZTÜRK A PRIS LES RÊNES DU CLUB DE LA STATION BALNÉAIRE D'ANTALYA. SES PRISES : SAMIR NASRI ET JÉRÉMY MENEZ

LEONARDO EST LA PIÈCE CENTRALE DU PUZZLE. NI TROP RELAX NI TROP DISCIPLINÉ »Ali Safak Öztürk, président d’Antalyaspor

La veille, son club, avant-dernier, recevait la lanterne rouge Osmanlispor. Un match de l’angoisse, attendu de pied ferme par ses ultras, moins nombreux mais aussi fougueux qu’ailleurs. « Le projet du président exige de la patience, se rassure Kadir, 24ans, entouré par des dizaines de supporters occupés à craquer des fumigènes. Pour l’instant, Nasri fait de bons matches. Mais, s’ils perdent ce soir, certains d’entre nous vont aller faire un tour au parking des joueurs, c’est la règle en Turquie. » À côté de lui, un grand costaud hoche la tête en souriant.

« S’ILS PERDENT CE SOIR, CERTAINS IRONT FAIRE UN TOUR AU PARKING DES JOUEURS, C’EST LA RÈGLE EN TURQUIE »Kadir, 24 ans, supporter d’Antalyaspor

Kadir et ses amis n’auront pas l’occasion de se mettre en colère : dans son nouveau stade de 32 000 places, à moitié rempli, les Rouge et Blanc l’emportent 3 buts à 0, avec un joli but de Nasri, qui, en zone mixte, refusera de répondre à nos questions. Le week-end suivant, pas de miracle Leonardo : une nouvelle défaite envoie le club à la quinzième place du classement. La mayonnaise ne prend pas à Antalyaspor, qui incarne pourtant le nouveau visage de cet ambitieux football turc. « En imposant une redistribution des droits télé plus égalitaire et en rénovant les infrastructures partout à travers le pays, l’État a voulu rendre tous les clubs puissants, et plus uniquement les géants stambouliotes [1], éclaire le consultant Ceyhun Kaplan. Un Championnat fort plutôt que quelques clubs forts, voilà le message. » D’ici à quelques mois, certains des petits nouveaux verront peut-être leur enthousiasme douché par les vieux démons du foot turc : les salaires pas toujours payés à temps, l’instabilité permanente des effectifs, cette pression qui peut finir par étouffer... En attendant, les Frenchies ont encore de grands moments à vivre. Le 22 octobre, Galatasaray reçoit Fenerbahçe dans un derby qui s’annonce volcanique.

Par Imanol Corcostegui

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[1Seuls Trabzonspor (6 fois) et Bursaspor, une fois (2010), ont empêché un des trois géants Galatasaray, Fenerbahçe, et Besiktas de remporter le Championnat de Turquie depuis sa création en 1959.

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