Faut il faire taire les menteurs ?

Ecrit par Engin, 2015-04-19 22:56:17


Il s’agit d’un communiqué du CCAFTL (Comité de coordination des associations franco-turques de Lyon) qui date de quelques années,
comme il est toujours d’actualité nous le ré-publions pour nos lecteurs

FAUT IL FAIRE TAIRE LES MENTEURS ?

Le débat en cours serait gravement amputé s’il était réduit à la seule question " Faut-il faire taire les menteurs ?" Si la question était aussi simple, les Turcs en France comme en Turquie répondraient sans hésiter " Oui ! Que les menteurs enfin se taisent !" 

Or, les Turcs n’ont pas peur de la vérité mais ils la veulent complète. 

Sans doute est-il trop tard pour que les hommes politiques français écoutent les leçons de Descartes et de Voltaire. Au moins les aurons-nous avertis et informés, en regrettant qu’ils ne l’aient jamais fait par eux-mêmes. 

Une bonne intention aura des conséquences catastrophiques. Voici lesquelles et pourquoi.

La zizanie remplace la réconciliation

L’objectif absolu de qui vit en ce 21ème siècle doit être la solidarité sans préjugé, le respect mutuel et la réconciliation entre les peuples comme entre les citoyens. C’est dans ce cadre et dans cette perspective seulement que peut être abordée la question des relations entre Turcs et Arméniens. 

Toute concession, tout écart retarde gravement la réalisation de cet objectif pourtant essentiel pour l’avenir non seulement des Arméniens et des Turcs, mais aussi des Français, de l’Europe et de tous ses voisins. 

Or, que voyons-nous ? Au lieu de rechercher avec sincérité et bonne foi les chemins de la réconciliation par des rencontres sans mépris et sans agressivité, tout est fait pour placer l’interlocuteur en position d’adversaire et d’accusé. 

Le vrai travail constructif qui devrait être "Que faire pour nous réconcilier ?" est systématiquement occulté par de multiples débats placés comme autant d’écrans. "Etait-ce ou non un génocide ?", "Faut-il ou non punir pénalement la négation du génocide ?", "Faut-il ou non une commission internationale d’experts pour étudier l’histoire ?", "Faut-il ou non faire de la reconnaissance du génocide par la Turquie une condition de son adhésion à l’Union européenne ?", "Faut-il ou non ériger un monument commémoratif à Lyon ?", "Faut-il ou non consulter -ou même associer- la communauté turque à cette occasion ?", etc.

A regret, il faut constater que la France avalise sans hésiter cette stratégie funeste d’atermoiements et de pré-conditions qui élude totalement la question fondamentale : "Que faire pour nous réconcilier ?" 

La France n’a pas même choisi cette attitude. Elle l’a acceptée sans débat après qu’elle lui ait été proposée par les leaders actuels de la communauté arménienne en France, sans même que la France s’interroge sur les origines et les conséquences de cette stratégie. 

La conséquence la plus dramatique est de mettre pour longtemps la France hors-jeu dans tout le processus de solidarité sans préjugé, de respect mutuel et de réconciliation.

Une histoire à jamais en morceaux

Voilà plus d’un siècle que la communauté arménienne est présente et active en France. On ne saurait lui reprocher de se faire entendre mais faut-il pour autant n’écouter qu’elle ? 

Le résultat est que les Français n’ont connaissance que d’une partie de l’histoire. İls croient détenir la vérité et ne mesurent pas même l’étendue de leur ignorance. 

Voici un exemple d’actualité : à ce jour , aucun média français n’a reproduit la position officielle de la Grande-Bretagne. Quelques semaines à peine après le vote de la loi française reconnaissant le génocide arménien, Lady Scott (Foreign Office) a déclaré au nom du gouvernement britannique devant la Chambre des Lords : " L’évidence n’est pas suffisamment établie pour nous convaincre que les évènements doivent être qualifiés de génocide selon les termes de la Convention des Nations Unies de 1948 sur le génocide qui, de toute façon, n’est pas d’application rétroactive. L’interprétation des évènements en Anatolie de l’est en 1915-1916 est encore le sujet d’un véritable débat entre historiens."

Il est donc possible, très sereinement, à bon droit et sans vaines insultes, de récuser le terme "génocide" aussi officiellement qu’il a été reconnu. 

Or il faut savoir que les Britanniques ont une connaissance exceptionnelle des faits survenus pendant la Première guerre mondiale. Ils ont aussi -et cela se sait moins- une connaissance exceptionnelle du fonctionnement, des buts et de l’histoire des lobbys arméniens au cours des soixante dernières années et jusqu’à aujourd’hui. 
Ainsi la France, ayant adopté sans réserve ni mesure non seulement la vérité mais aussi la stratégie arménienne actuelle, empêche l’Union européenne de parvenir à une position commune plus constructive, plus respectueuse des partenaires en présence et plus indépendante des groupes de pression partisans. La loi qui pénalisera "la négation du génocide arménien" empêchera durablement d’en revenir à l’essentiel, c’est à dire à la solidarité, au respect mutuel et à la réconciliation. 

Or ceux sont bien là les valeurs fondatrices de l’Union européenne : solidarité, respect mutuel, réconciliation. Sans préalable ni conditions nos peuples ont accepté ces règles de conduite qui sont aussi à la base de ce qu’il est convenu d’appeler "la méthode Monnet". En renonçant à ces principes au seul bénéfice de sa communauté arménienne, la France rend un mauvais service à celle-ci et fait un tort incommensurable à l’Europe. Il est troublant que des Turcs de France et de Turquie aient à le dire et à s’en alarmer. 

Par la volonté de la France, l’histoire restera fragmentée. D’un côté l’histoire officielle française appliquée à l’Empire ottoman, avec un génocide désormais littéralement "indiscutable". De l’autre côté une histoire qui reste à découvrir et qui concerne non la seule responsabilité ottomane dans le sort des seuls Arméniens mais toute l’histoire d’un Empire en décomposition et de ses communautés tiraillées entre des espérances contradictoires, massacrées, écartelées entre des alliances de circonstance avec des Empires rivaux impitoyablement gourmands. 

La France était un des ces empires. Et elle aurait aujourd’hui le front d’être à la fois juge et partie ? Et elle déciderait ce qu’il convient d’écrire de l’histoire ? 

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