Genève résiste face aux pressions armeniennes

Ecrit par Engin, 2015-01-16 00:06:47


Genève résiste face aux pressions d’extrémistes

L’œuvre de l’artiste Melik Ohanian, « Les Réverbères de la mémoire », devait voir le jour dans le parc de l’Ariana, proche du Palais des Nations. (Melik Ohanian)

Le Conseil d’Etat n’a pas délivré d’autorisation de construire pour un mémorial évoquant le génocide arménien. L’exécutif préfère un autre monument « plus neutre » au cœur du Palais des Nations

Le malaise est palpable, à constater le mutisme des autorités ­genevoises. Le 21 février 2014, le Département cantonal de l’aménagement (DALE) enregistrait formellement une demande d’autorisation de construire de la part de la communauté arménienne. Cette dernière veut ériger un mémorial, Les Réverbères de la mémoire, dédié « au génocide arménien et à tous les autres » dans le parc de l’Ariana, propriété de la Ville de Genève située à quelques centaines de mètres du Palais des Nations. Or, depuis, le Conseil d’Etat n’a jamais statué sur cette demande d’autorisation de construire.

Patron du DALE, le conseiller d’Etat écologiste Antonio Hodgers n’a pas souhaité répondre à nos questions, tout comme la directrice de l’Office des autorisations de construire. A l’interne, plusieurs hauts fonctionnaires s’interrogent sur l’absence de décision « alors que tous les signaux sont au vert ». « Au sens de la loi sur les constructions, l’Etat doit rendre ses décisions dans les 60 jours à compter de la date d’enregistrement de la demande », précise l’un d’eux. Un autre confirme qu’un refus de délivrer une autorisation de construire « pour des motifs politiques » n’est pas possible. « Ce serait une première à Genève. »

Questionné par un député sur ce retard, le gouvernement genevois vient de livrer sa réponse. Il reconnaît que « plusieurs ambassadeurs ou représentants officiels, notamment arméniens et turcs, ont intercédé de manière parfois particulièrement insistante auprès de l’administration cantonale, du Conseil d’Etat ou de certains de ses membres pour inciter soit à délivrer, soit à refuser l’acte administratif lié à cette construction » L’exécutif poursuit : « Dans la mesure où l’implantation de ce monument était prévue dans les environs du Palais des Nations, il impliquait des enjeux relevant des affaires étrangères, dont la Constitution fédérale confie la tâche à la Confédération. » « Une voie de sortie idéale pour le Conseil d’Etat, qui fait appel à une autorité supérieure pour se débarrasser du dossier », persifle le socialiste Carlo Sommaruga, président de la Commission de politique extérieure du Conseil national.

Une autre issue semble recevoir toutes les faveurs du gouvernement genevois, celle de la réalisation d’un autre « monument universel dédié à la mémoire de toutes les victimes d’atrocités de masse » qui devrait prendre place dans l’enceinte même du Palais des Nations, peut-on lire dans la réponse des autorités cantonales. Pour ce projet, la Confédération a déjà prévu de dégager 400 000 francs.

Aux yeux de la communauté arménienne, il n’est pas question d’abandonner. « Les tergiversations de François Longchamp [ndlr : président du Conseil d’Etat genevois] et de Didier Burkhalter sont en train de soumettre la dignité humaine – non seulement de notre communauté mais celle de toute la Suisse – à un rabaissement », critique Sarkis Shahinian, secrétaire général du Groupe parlementaire Suisse-Arménie.

Du côté de la Fédération des associations turques de Suisse romande, son président, Celâl Bayar, ne veut pas entendre parler d’un mémorial arménien aux portes des bâtiments onusiens, mais se dit prêt à accepter un autre lieu « si le monument ne comporte pas de référence explicite au génocide ». « Le terme de génocide n’a jamais été reconnu par l’ONU, il est utilisé à tort pour stigmatiser les Turcs », avance ce dernier.

Début décembre, le conseiller fédéral chargé du Département des affaires étrangères (DFAE), Didier Burkhalter, s’était immiscé personnellement dans le dossier genevois. Dans un courrier adressé à l’exécutif cantonal, le président de la Confédération voyait dans ce monument une source inutile de tensions entre autorités turques et arméniennes. Le libéral-radical avait recommandé à l’exécutif cantonal de refuser « d’octroyer l’autorisation de construire à l’emplacement envisagé » pour « préserver un environnement impartial et paisible ». Sans décision concernant l’autorisation de construire, difficile de recourir. Une situation critiquée par Sami Kanaan, maire de la ville de Genève. « Cette politique d’atermoiements ne sert pas la cause de la Genève internationale », déplore le socialiste, qui maintient son soutien au monument dans le lieu retenu. Celâl Bayar, lui, menace déjà d’engager le combat contre les autorités municipales et cantonales genevoises si les Réverbères de la mémoire devaient prendre vie.

Plan du site | RSS 2.0 | Copyright Turquie News 2007-2013 | Mentions l�gales |