Jean Bizet : « Je suis admiratif devant l’énergie et le sérieux du peuple turc »

Ecrit par Pakize, 2013-12-02 10:06:07


« Ce n’est pas aux parlementaires d’écrire l’Histoire, laissons cela aux hommes de l’art, c’est-à-dire les historiens » .

Ce mardi 26 novembre 2013, l’émission Politika de la radio préférée des turcophiles « Radio Made in Turkey (MIT) » a interviewé en deuxième partie Jean Bizet, sénateur UMP de la Manche (Basse-Normandie) et vice-président de la commission des affaires européennes. Maire du Teilleul.

Le sénateur évoquera les relations franco-turques puis Mustafa Kemal Atatürk.

Ecouter l’interview de Jean Bizet

« La Turquie, un partenaire essentiel aux portes de l’Union européenne »

Monsieur Jean Bizet explique que son intérêt pour la Turquie est né de ses travaux dans le cadre des affaires européennes. En effet, Jean Bizet déclare : « j’ai toujours considéré que la Turquie avait un rôle majeur, un rôle géostratégique dans cette partie du monde entre l’orient et l’occident  ». De plus, il ajoute que l’histoire de la Turquie « au travers d’Atatürk » est passionnante, mentionnant « un parcours volontariste ».

Après avoir visité une première fois la Turquie 20 ans avant les visites officielles qu’il a dû mener dans le cadre de son mandat parlementaire, Jean Bizet constate la « métamorphose totale, importante et bien réussie » du pays, et note la cohérence de cette évolution avec la progression des taux de croissance en Turquie.

D’ailleurs, Jean Bizet indique que les échanges commerciaux avec la Turquie dans le domaine agro-alimentaire ont été multipliés par 3 ces 10 dernières années. Il explique cette augmentation par l’élévation du niveau de vie en Turquie et le développement du tourisme.

Lorsque Özcan Bey, l’animateur de l’émission Politika interroge le sénateur sur les raisons qui expliqueraient la distance mise avec la Turquie, (la dernière visite officielle d’un Président de la République Française datant de plus de vingt ans, soit avec François Mitterand), Jean Bizet répond que la perception des citoyens français de la candidature de la Turquie à l’adhésion à l’Union européenne pose certains problèmes. En effet, il explique que, malgré les énormes progrès qui y ont été réalisés en matière d’occidentalisation, la position géopolitique de la Turquie est « perturbante ».

A l’étonnement de son interlocuteur, Jean Bizet précise que la configuration de l’Union européenne a beaucoup changé ces dernières années, notamment avec l’accueil des 10 pays d’Europe centrale et orientale, même s’il reconnaît lui-même que le sentiment des citoyens n’a pas de rapport avec les visites officielles.

Evoquant les déclarations récentes du ministre turc de l’économie, Zafer Çağlayan, relatives à la croissance de 38% à l’export en 4 ans, Özcan Bey, l’animateur demande pourquoi la France a autant négligé ses propres intérêts économiques, avec la plus ancienne alliée de la France, citant Robespierre. Ce à quoi Jean Bizet répond que la France était surtout tournée vers les pays d’Europe centrale et orientale, du fait de la perception, par les citoyens français, de la candidature à l’adhésion à l’UE. Mais, rassure-t-il, la situation est justement en train d’évoluer, faisant référence à la visite officielle en janvier prochain qu’entreprendra François Hollande en Turquie.

Lorsque Jean Bizet livre son opinion personnelle quant à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, il rappelle les perturbations occasionnées par le problème de Chypre, et ce malgré le plan Annan qu’interjette l’animateur de l’émission. Il ajoute que subsiste encore le problème des acquis communautaires pas totalement appréhendés.

« Ce n’est pas aux parlementaires d’écrire l’Histoire… Laissons cela aux hommes de l’art, c’est-à-dire les historiens ».

L’animateur Özcan Bey interroge le sénateur Bizet sur sa position relative aux lois mémorielles rappelant que le sénateur a été un fervent opposant de la proposition de loi de Christophe Masse (PS), en 2011, mais qu’il n’a pas voté la proposition de loi similaire de Valérie Boyer l’année suivante -texte qui fut finalement invalidé par le Conseil constitutionnel. Le sénateur de la Manche répond : « Ce n’est pas aux parlementaires d’écrire l’Histoire… Laissons cela aux hommes de l’art, c’est-à-dire les historiens ». Il ajoute que ce genre de débat au parlement n’est pas sain : « C’est l’émotion qui l’emporte sur la raison ». Il précise avoir été indisponible le jour du vote du texte de Valérie Boyer, sinon il aurait également voté contre.

« Atatürk, c’est un Grand »

En évoquant Mustafa Kemal Atatürk, Jean Bizet rappelle les plus importantes réformes auxquelles Mustafa Kemal Atatürk a procédé, tout en étant « très impressionné » tant par le volume et la rapidité de leur accomplissement que par le tempérament du héros.

« C’est lui qui a façonné la Turquie d’aujourd’hui ».

Parmi les réformes d’Atatürk qui ont le plus séduit le sénateur de la Manche est celle qui a consisté à « créer un Etat laïc et de le doter d’un garant à travers l’armée, qui serait là pour veiller à ce qu’il n’y ait pas de dérive, sans pour autant prendre un pouvoir déviant ». Mais aussi la place qu’il a accordée aux femmes, si tôt, et la modernisation rapide du pays, jusqu’à changer d’alphabet du jour au lendemain.

Özcan Bey souligne : « La femme turque participe activement et en nombre à la prospérité du pays. La proportion de la gente féminine en recherche et enseignement universitaire est plus élevée que la moyenne de l’UE. », ce que le sénateur Bizet acquiesce sans réserve aucune.

« C’est vrai que vous lui devez beaucoup »

Jean Bizet mentionne également la rapidité impressionnante avec laquelle Mustafa Kemal Atatürk a industrialisé la Turquie et surtout institué un système bancaire, juste après des années de conflits militaires, plutôt que de s’endetter auprès d’un tiers et risquer ainsi de perdre sa liberté.

Enfin, le sénateur rappelle qu’il s’agit d’un chef d’Etat qui a inspiré un certain nombre d’autres chefs d’Etats, tels que Reza Pahlavi en Iran par exemple. D’autres exemples tels que Habib Bourguiba (Tunisie), Mohammed Zaher (Afghanistan), Messali Hadj (Algérie) ou encore Jawaharlal Nehru (Inde) seront cités par l’animateur, Özcan bey.

Jean Bizet reconnaît cependant que Mustafa Kemal est mal connu en France, et pour l’expliquer il émet l’hypothèse que les Français ne semblent pas suffisamment intéressés à l’histoire de la Turquie. Et lorsque l’animateur lui demande quelles actions pourraient être entreprises en vue de rectifier cet état de fait, Jean Bizet propose des colloques au Sénat, sous l’égide du groupe d’amitié franco-turque.

Interrogé sur les opportunités ouvertes aux entreprises françaises de s’installer en Turquie, le sénateur de la Manche répond que les conditions y sont plutôt favorables puisque la Turquie constitue un véritable hub sur le plan énergétique, mais aussi une porte d’entrée vis-à-vis de certains pays. De plus, il précise que la main d’œuvre en Turquie « est très travailleuse »

D’ailleurs, il rappelle que les trajets d’oléoducs passent tous par la Turquie, ce qui représente un avantage certain pour l’UE.

Pour conclure, le sénateur Jean Bizet livre ses impressions personnelles à l’égard de la Turquie : « Je suis admiratif devant l’énergie et le sérieux du peuple turc » et saisit l’occasion de rappeler que la Turquie est un partenaire essentiel, alliée d’une Union douanière très bénéfique. Jean Bizet émet également le souhait que le nouveau chapitre d’ouverture communautaire permette au gouvernement ainsi qu’à la société turque d’être l’occasion davantage de modernisation.

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