Les "Dardas", ces poilus tombés dans le "cul-de-sac de la mort"

jeudi 24 décembre 2015, par Hakan

Il y a 100 ans, les forces franco-britanniques évacuaient les Dardanelles, en Turquie, après de longs mois de combats contre les forces ottomanes. Un échec cuisant qui plongea les poilus des "Dardas" dans l’oubli.

Paul et Karine André arpentent frénétiquement les allées alignées du cimetière de Seddul-Bahr, en Turquie. Essoufflés sous un soleil de plomb, le père presque septuagénaire et sa fille inspectent avec angoisse les noms sur les croix. Cela fait déjà plus d’une heure que ces deux Français lisent une à une les noms inscrits sur les pierres tombales. Quelques instants plus tard, les nerfs lâchent, Paul laisse couler ses larmes en apercevant enfin le nom de son grand-oncle Pierre. Cela fait des dizaines d’années qu’il attend ce moment. "Je n’ai pas de mots", murmure-t-il laconiquement, étranglé par l’émotion.

Ces Français ont fait un long chemin pour venir se recueillir sur la tombe de cet oncle qu’ils n’ont pourtant jamais connu. Pierre André, soldat du 58e régiment d’infanterie coloniale, est mort le 17 mai 1915, à tout juste 20 ans, après avoir été blessé par un éclat d’obus. Pour honorer sa mémoire, Paul et Karine ont rapporté de France une plaque portant sa photo. Ils ont choisi de lui donner la forme de son Ardèche natale. D’un geste délicat et solennel, ils déposent aussi sur sa tombe une poignée de terre du vignoble familial. "Mon père me parlait souvent de son frère. J’ai d’ailleurs appelé mon fils Pierre. Je m’étais toujours dit que le jour où j’en aurai l’occasion, j’irai sur sa tombe", raconte Paul.

"L’accomplissement d’un vœu"

À quelques mètres de là, Henri Lafforge a lui aussi eu du mal à retrouver la tombe de son grand-oncle Frédéric Thivol, capitaine au 4e régiment de zouaves, tombé également en mai 1915. "L’orthographe n’est pas la bonne, c’est inscrit Theovol", note ce retraité de la région lyonnaise en accrochant quelques fleurs sur la croix de son aïeul. Sa voix tremble lorsqu’il prononce une prière. Dans ses yeux, c’est un mélange de tristesse et de soulagement. Il est le premier à venir rendre hommage à Frédéric : "C’est l’accomplissement d’un vœu fait il y a plus de 50 ans. C’est important d’être ici".

Comme une trentaine d’autres personnes, ces deux familles ont participé fin septembre à un voyage organisé par l’Association nationale pour le souvenir des Dardanelles et Fronts d’Orient. Alors que dans les cimetières de la Marne, de la Somme ou du Nord-Pas-de-Calais, les proches des soldats morts pour la France peuvent depuis 100 ans se recueillir sur la tombe de leurs disparus, ils ne sont pas légion à avoir fait le déplacement jusqu’à Seddul-Bahr, qui regroupe les restes d’environs 15 000 hommes. Parmi eux, seuls 2 340 ont pu être identifiés.

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