1 265 096

vendredi 2 mai 2014, par Ali Bal

1 265 096, c’est le nombre très précis qui figure sur la liste préparée en 1916 par le ministère de l’Intérieur du gouvernement de l’Empire ottoman. Lorsque cette liste fut préparée, Talât Pacha était ministre de l’Intérieur. Ce nombre constitue le résultat d’un travail minutieux réalisé, suite à ses instructions, par « La Direction du logement, des clans et des réfugiés ».
Ces 1 265 096 individus sont ceux qui ont réussi à survivre lorsqu’ils ont été obligés de quitter leur terre natale suite à la grande catastrophe. Mais, l’on ne sait toujours pas le nombre total de ceux qui ont été contraints à l’exil.
Le voyage forcé de ces 1 265 096 malheureux a duré plusieurs mois. Ils ont marché, enfants et adolescents, jeunes et vieux, femmes et hommes. Ils ont marché dans la neige, dans la tempête, dans la fange. Des centaines de milliers sont morts de maladie, de froid, d’attaques de bandits et de soldats. Ils n’ont pas uniquement perdu leur maison et leurs biens mais on leur a également extirpé les quelques sous et effets personnels qu’ils avaient emportés, ou bien ils ont dû les donner pour sauver leur vie.

BRULÉS, ENTÉRRÉS VIFS

Et ceux qui n’ont pas eu le temps de prendre la route avaient l’embarras du choix pour mourir. Certains ont été brûlés vifs, d’autres innocents ont été pendus aux arbres, d’autres encore ont été enterrés vivants ou bien percés de mille trous par des baïonnettes. Des jeunes femmes enceintes qui ne pouvaient porter le fardeau de la honte d’avoir été violées se sont suicidées. Et les lames de couteau des miliciens sont venues ponctuer la vie de celles qui n’avaient pas encore eu le temps de se donner la mort…

Tout ce qu’ils ont laissé derrière eux : maison, terrain, tout, tout sans exception, a été saccagé et pillé. Le nouveau propriétaire était celui qui s’en emparait le premier. Même les noms des communes ont été changés.
Ceux qui avaient réussi à sauver leur vie devaient recommencer une vie à partir de rien, dans un nouveau territoire. Ceux qui étaient auparavant des notables ont dû travailler comme simple manœuvre ou paysan pour vivre. Ceux qui n’ont pu partir périssaient dans les camps de concentration.

Pour les 1 265 096 âmes qui ont survécu, la terre où leurs aïeux étaient nés et avaient vécu allait progressivement devenir un souvenir de souffrance qui parfois alimenterait des mélodies douloureuses !

LES CONDOLÉANCES SONT JUSTES MAIS…

Depuis le début, vous pensiez que je parlais du déplacement forcé de 1915 qui occupe l’actualité ces jours-ci, n’est-ce pas ?
Eh bien, non, ce n’est pas le cas. Je faisais référence aux victimes du désastre des Guerres balkaniques ! Je parlais des 1 265 096 Turcs de Roumélie qui ont réussi à survivre suite à l’une des plus grandes catastrophes de notre histoire survenue entre 1912 et 1913. Des centaines de milliers des nôtres ont péri…
Les condoléances officielles exprimées pour les victimes du déplacement forcé de 1915 sont justes et appropriées mais dans notre élan traditionnel d’excès, ne transformons pas des « condoléances » en « excuses » pour éviter des maux bien lourds et souvenons-nous de notre propre souffrance comme la catastrophe des Balkans, la Crimée, Les Turcs Ahiska, etc.
C’était le centenaire des Guerres balkaniques l’an dernier et l’année d’avant. Pourtant, aucune de nos universités, ni aucun autre organisme ou institut n’a organisé de conférence ou de symposium. Aucune réunion, aucune publication, aucune diffusion, rien. Les descendants de ces 1 265 096 malheureux survivants se comptent aujourd’hui par millions, pourtant aucune de leur association n’a dit mot !
Regardez ci-dessous les images sur la pièce en or de cent euros. Dans le cadre du centenaire des Guerres balkaniques de 1912, la Banque centrale grecque a émis cette pièce commémorative avec sur la face avant l’amiral Pavlos Kunturiotis qui a imposé une cuisante défaite à notre flotte, et sur la face arrière, son célèbre cuirassé Averof !

Je ne vais faire aucun commentaire. Regardez cette pièce de cent euros et réfléchissez. A bon entendeur…

Murat Bardakçı
mbardakci@htgazete.com.tr
Lundi, 28 avril 2014 – HABERTÜRK

Source originale : http://www.haberturk.com/yazarlar/murat-bardakci/942985-1265096

Traduction exclusive pour Turquie-News par Ali Bal.


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