Norman STONE : « Maxime Gauin est un historien formidable »

vendredi 8 mars 2013, par Ilker TEKIN

Ce mardi 5 mars à 22h, la radio franco-turque, « Made in Turkey » (MIT), a interviewé l’éminent historien britannique Norman Stone qui a émerveillé les auditeurs par son érudition et son humour typically British…

Ecouter l’interview du Professeur Norman STONE.

Biographie :

Norman STONE, Écossais, né le 8 mars 1941, a été maître de conférences à l’université de Cambridge (1973-1984), puis professeur à l’université d’Oxford (1984-1997), puis professeur à l’université Bilkent d’Ankara (1997-2005), ensuite à l’université Koç d’Istanbul (2005-2007). Puis il est revenu à Bilkent où il enseigne depuis 2007.

Il est spécialiste d’histoire contemporaine de l’Europe centrale et orientale, notamment de la Première Guerre mondiale, de la Russie, et plus particulièrement des relations turco-russes. Il est un fin connaisseur de l’histoire turque et a publié notamment « Turkey : A Short History » aux éditions Thames & Hudson, en 2010.

Dans les années 1987-1990, Stone a travaillé en qualité de conseiller de Margaret Thatcher pour les Affaires de politique étrangère.

Il a écrit, en outre, de nombreux articles historiques dans de grands journaux tels que le « Frankfurter Allgemeine Zeitung » ou « The Wall Street Journal ».

Hormis sa langue maternelle, Norman Stone, parfait polyglotte, parle environ 10 langues dont le français, l’allemand, le turc, l’italien, l’espagnol, le russe, le polonais, le hongrois. Il vit actuellement entre l’Angleterre et la Turquie.

Rencontre avec la Turquie :

Répondant aux questions du journaliste de radio MIT, l’historien a relaté sa rencontre avec la Turquie : « en 1995, j’ai été invité à une conférence sur la Bosnie. Je ne savais rien sur la Turquie. Mais j’ai eu une très bonne impression du pays ».

Il commence à connaître et s’intéresser à ce pays : « j’ai lu avec énormément d’intérêt tous les livres qui me sont passés entre les mains sur ce pays. Surtout les livres écrits en français sur la Turquie, des gens comme Robert Mantran, comme Gilles Veinstein, dont l’œuvre sur l’ère ottomane est l’une des meilleures, sinon la meilleure sur cette époque. »

Norman Stone a également loué son ami et jeune historien Maxime Gauin dont il a fait la connaissance en Turquie et qui travaille à la mise en perspective historique, entre autres, de la question arménienne. Norman Stone a qualifié de « formidable » le jeune Maxime Gauin, historien de 28 ans, soulignant ses qualités académiques et son érudition exceptionnelle.

De la dangerosité des activistes de la diaspora arménienne :

Aux accusations portées par les activistes de la diaspora et de la « cause » arméniennes, dont la propension à voir des complots et des manipulations de l’ « État turc » partout, desquels Norman Stone serait un des rouages, ce dernier répond qu’il trouve que « cette diaspora arménienne est insensée » et qu’elle joue « un rôle néfaste pour l’Arménie » elle-même.

Par ailleurs, l’historien affirme que ces activistes nuisent à la démocratie et la science historique en s’immisçant « dans les débats qui ne devraient concerner que les historiens » et forçant, sous la menace, ces derniers à reprendre aveuglement, la thèse de « génocide » malgré ce que disent les archives.

Ces coups portés à la démocratie par la diaspora arménienne sont ainsi massifs.

Des campagnes de diabolisation, de menaces morale et physique menées contre l’historien, professeur au Collège de France, Gilles Veinstein, qui avait affirmé que l’intention génocidaire pour les événements de 1915 n’était pas établi par la science historique – ce qui est le rôle et le métier de l’historien dans les démocraties – à l’attentat à l’explosif commis par ces mêmes activistes contre l’historien américain Stanford Jay Shaw à son domicile dont lui et sa famille ont réchappé miraculeusement, ces tristes exemples, qui peuvent être allongés abondement, sont là pour nous rappeler le danger que font peser les activistes de la « cause arménienne » sur la vérité et la démocratie.

Pour Norman Stone, ce sont les préjugés qui entourent le monde turc, qui ne serait pas « capable d’éducation », qui sont exploités par les activistes de la « cause arménienne » et qui permettent les déformations et les mensonges sur les événements de 1915.

Un de ces mensonges consiste, par exemple, à affirmer que les événements de 1915 et la Shoah sont de même nature dans leur fondement. Or, pour l’historien, aucune équivalence sérieuse ne peut être établie entre le génocide des Juifs et la tragédie arménienne de 1915. Ainsi, Norman Stone a confirmé ce qu’il a écrit dans le Times, en 2010 : « Le peuple qui [à cette époque] vivait à l’Est de Turquie a été déplacé dans des conditions extrêmement difficiles, ces déplacements ont, par moment, été accompagnés de violences et d’exactions. A la question de savoir s’il s’agit d’un génocide ? Si vous parlez de faits à la manière d’un Hitler, la réponse est négative. »

Un autre de ces mensonges consiste à prouver la thèse de « génocide » concernant la tragédie arménienne en se basant sur les « documents d’ Andonian », du nom de la personne qui les a établis, dans lesquels l’intention criminelle est en effet présente, or, les études minutieuses, menées aussi bien en Turquie qu’à l’étranger ont permis de montrer que ces documents étaient des faux grossiers (mauvaises dates, sceau falsifié etc.) si bien qu’aujourd’hui aucun historien sérieux ne se réfère à ces documents, hormis les activistes de la « cause arménienne » et des personnes qui y sont liées.

Sur Peter Balakian

L’animateur de « Politika » a souligné que les deux historiens britanniques, Norman Stone et Andrew Mango avaient sérieusement taillé des croupières à l’écrivain et poète arméno-américain Peter Balakian en critiquant son livre : « Le Tigre en flammes. Le génocide arménien et la réponse de l’Amérique et de l’Occident ». STONE a rétorqué : « Balakian ne connait pas l’histoire de la Turquie. Il y a une faute sur chaque page. Il ne parle pas les langues de l’époque qu’il prétend étudier », l’historien cite également Taner Akçam ou encore Richard Hovanissian, avec un bémol pour le second qui est capable d’écrire n’importe quoi, mais également des choses intelligentes.
En outre, Stone a raconté avec humour qu’il avait écrit à Richard Hovanissian (ancien collègue de Stanford J. Shaw et Ezel Kural Shaw à l’université de Californie, et qui avait été, dans les années 1960, l’un des auteurs arméniens les plus intéressants, avant de se rallier, à l’époque de l’ASALA, à un nationalisme arménien hargneux et de la plus mauvaise foi) pour lui dire que tous les deux étaient des universitaires et qu’ils devaient être au dessus de ces querelles. Hovanissian lui aurait laconiquement et sèchement répondu : « Si vous ne reconnaissez pas le génocide, je ne parlerai pas avec vous ».

Pour Taner Akçam, Stone relativise son appréciation en se fondant sur la critique très sévère publiée par Erman SAHIN qui a pris Taner AKCAM la main dans le sac. Nous proposons au lecteur la version turque de cette critique qui est disponible ici et la version anglaise, ici

Le journaliste de radio MIT a rappelé ce qu’Adrew Mango a écrit dans le supplément littéraire du Times du 17 septembre 2004 : « Le Tigre en Flammes de Peter Balakian s’intègre dans la campagne menée par les nationalistes arméniens pour persuader les parlements occidentaux de reconnaître le génocide arménien. Ce n’est pas un travail de recherche historique, mais la plaidoirie passionnée d’un avocat, se basant sur des preuves discutées, comme les télégrammes falsifiés attribués au Ministre de l’Intérieur ottoman, Talat Pacha »

Au final, Norman Stone affirme que Peter Balakian s’appuie surtout sur des sources de seconde main, néglige les analyses de Bernard Lewis, Gilles Veinstein et Elie Kedourie (grand historien britannique du Proche et Moyen-Orient, décédé en 1990) ; son livre regorge d’erreurs ; il s’appuie sur les documents Andonian, qui sont des faux (à l’époque, même Akçam écrivait que c’était des documents très douteux) ; les dirigeants ottomans internés à Malte ont été relâchés faute de preuves ; Balakian fait des comparaisons totalement absurdes avec le nazisme. Norman Stone termine en disant que « Balakian devrait s’en tenir aux poèmes ».

Ainsi, pour l’historien, la thèse de génocide pour les événements de 1915 ne peut être établie parce qu’il « manque des preuves. Tout le monde sait qu’il y a eu des massacres. Personne ne conteste cela. Mais on ne sait pas quelle était l’intention de l’Empire Ottoman. Les preuves avancées étaient des faux. Tout le monde le sait maintenant. »

La responsabilité des bandes arabes et kurdes

Norman STONE a confirmé ce qui a été écrit dans un article : « A Turkish Delight », signé d’Alev Scott publié en mars 2011, où l’historien impute une grande responsabilité des massacres d’Arméniens aux bandes kurdes et arabes qui sévissaient dans l’est de la Turquie. Stone a aussi souligné que les Arméniens déplacés étaient parfois mal protégés par des officiers ottomans et parfois certains militaires se rendaient coupables de complicité avec les bandits kurdes. Ainsi, Norman STONE a rappelé que les Turcs avaient jugé et condamné plus de 1600 des leurs dont certains à la peine capitale comme le préfet d’Alep.

Par ailleurs, Stone a cité le cas du gouverneur de Diyarbakir, Mehmet Reşit (co-fondateur du Comité Union et Progrès) qui s’était rendu coupable de crimes contre les déplacés arméniens et que Talat l’avait démis de ses fonctions. Stone raconte que Mehmet Reşit était un Circassien. « 1 000 000 de Circassiens ont été chassés par les Russes dont 300 000 sont morts. Mehmet Reşit a trouvé refuge dans l’Empire ottoman avec sa famille. Quand il était gouverneur, il a été cruel et a perpétré des massacres sur les Arméniens mais Talat Pasha l’a démis de ses fonctions. D’ailleurs, à la fin, Mehmet Reşit s’est suicidé. » termine Norman Stone.

Les victimes musulmanes et juives oubliées :

Lorsque le journaliste de radio Made in Turkey rappelle au Professeur Stone ce qu’il a écrit dans Times en 2010 : « à cette époque des événements cruels secouaient toute l’Anatolie, mais de la même manière des centaines de milliers de musulmans et de juifs ont été victimes lors du retrait de l’Empire Ottoman des Balkans et du Caucase. », l’historien précise que lors de la Première Guerre mondiale, des centaines de milliers de Turcs musulmans et des milliers de Juifs ont été massacrés et chassés de leur terre. Norman Stone souligne que les « Bulgares ont été spécialement cruels », ce qui est également le cas des exactions et massacres commis par les Russes sur les populations musulmanes. « Les Grecs de leur côté faisant preuve d’une moindre cruauté sur ces mêmes populations. » indique Stone.

A la même époque, les milices arméniennes « ont commis des massacres massifs et particulièrement cruels contre les musulmans ». A ce sujet, Norman Stone « voudrait que les Arméniens admettent que de leur côté il y avait des responsabilités. Mais très peu osent le faire ».

Instrumentalisation et déstabilisation

Stone a acquiescé que la question arménienne a été instrumentalisée par Staline en 1945-1948, puis de nouveau par l’URSS, à partir de 1965 ; et que cette instrumentalisation de la question arménienne par les Russes s’inscrivait dans une perspective plus vaste, de « déstabilisation de la Turquie ».

Le rôle de la diaspora arménienne

Après que le journaliste ait rappelé à Norman Stone que dans un article du 17 octobre 2007 paru dans « The Spectator », il avait écrit : « Rien de tout cela n’apporte de l’aide à l’Arménie. Elle est pauvre et enclavée, complètement dépendante sur le plan énergétique, et sans l’argent de la diaspora, elle serait dans un état pire encore. Elle perd régulièrement de la population suite à l’émigration ― 60 000 ressortissants arméniens vivent à Istanbul ―, et elle a besoin de bonnes relations avec la Turquie. Peut-être que les pays de ce genre, une fois indépendants, devraient faire une seconde proclamation d’indépendance, vis-à-vis de leurs diasporas, cette fois. » ; confirmant son écrit, l’historien a regretté que la diaspora arménienne n’œuvre pas assez en faveur de la réconciliation et de la paix avec la Turquie.

« Entre historiens, on sait que si l’on veut parler avec des historiens arméniens, la diaspora a son mot à dire… et dit ‘non’ » a-t-il confié.

Le professeur Stone s’est plaint que les activistes arméniens, « au lieu de dire, écoutez, c’est une histoire qui est arrivée il y a cent ans, ils exigent des compensations mais des compensations de quoi,… est-ce qu’ils vont nettoyer ethniquement 8 millions de Kurdes pour avoir Hakkari et Van, c’est imbécile, aberrant »

« On a l’impression d’une rengaine [des activistes arméniens] que condamne même le Patriarche arménien actuel d’Istanbul » a déploré Norman Stone.

Turquie et UE

Norman Stone a affirmé la légitimité européenne des Turcs soulignant son dialogue au quotidien avec la population et a clos par l’humour avec un regard typiquement britannique sur l’UE : « Si la Turquie insiste pour être membre de l’Union européenne qu’elle prenne la place de l’Angleterre ».

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