« Turcs et Kurdes également victimes des incidents de 1915 »

jeudi 23 avril 2015

« Turcs et Kurdes également victimes des incidents de 1915 »

Les historiens internationaux qui recherchent les allégations arméniennes sur les incidents de 1915, se plaignent que l’accès leur soit refusé aux archives arméniennes. Pourtant ils sont tous d’accord que la Turquie a fait de son possible jusqu’à présent afin de normaliser ses relations avec l’Arménie.

« La Turquie a fait de son possible pour normaliser ses relations avec l’Arménie. C’est maintenant au gouvernement arménien de faire quelque chose. Mais je ne pense pas que le gouvernement arménien ait la volonté de normaliser ses relations. Car Serge Sarkissian (président de la République d’Arménie) a toujours affirmé réclamer des territoires. Cette question a toujours été pour l’Arménie une demande de territoire et un sujet d’existence » affirme l’historien français Maxime Gauin, chercheur au Centre d’Etudes d’Eurasie (AVIM) qui mène des études sur les incidents de 1915.

Gauin qui a fait des études en histoire à la Sorbonne, indique que les incidents de 1915 doivent être étudiés par un plus grand nombre d’académiciens et chercheurs au niveau international.

« A chaque fois que j’ai demandé l’accès aux archives américaines ou françaises, on m’a toujours répondu que cela ne serait pas possible. Je n’ai parfois pas eu de réponse. Il n’y a pas ce problème pour les archives turques. Vous y avez accès quand vous voulez » affirme M. Gauin.

« Les faits sont également des tragédies pour les musulmans »
L’historien irlandais le Dr. Patrick Walsh a fait savoir que la commémoration des personnes qui ont perdu la vie lors des incidents de 1915 et après, serait une initiative importante pour la normalisation des relations turco-arméniennes.

« Les fait sont des tragédies pour les chrétiens et pour les musulmans. Mais si la question reste plantée sur l’expression de ‘génocide’, nous n’avancerons jamais. Tout le monde sait qu’à l’origine de la question, il y a les grandes puissances comme la Russie » poursuit l’historien irlandais.

Walsh met l’accent sur l’importance des démarches lancées par la Turquie pour une réconciliation et ajoute que les Turcs et Kurdes sont aussi les victimes des incidents de 1915 tout comme les Arméniens.

Walsh défend que les Arméniens ont fait une mise en 1915 et que certains Arméniens dans l’Empire ottoman se sont soulevés pour fonder un Etat arménien sous l’influence des pays de l’Entente. « L’éventualité d’un Etat arménien n’était pas possible car la population arménienne était une minorité à l’Est de l’Anatolie. Les pays de l’Entente ont intelligemment profité des Arméniens. Et les Arméniens qui ont compté sur les pays de l’Entente ont fait une mise » poursuit M. Walsh.

Patrick Walsh s’attarde également sur le rôle de l’Angleterre tout comme la Russie sur ces incidents et indique que l’Angleterre a entrainé la déstabilisation de la région dès le début du 20e siècle. Walsh indique que la région toute entière a été touchée par l’accord signé en 1907 par l’Angleterre avec la Russe afin de vaincre l’Allemagne, ajoutant que cet accord a donné le ‘feu vert’ à la Russie pour entrer dans le territoire ottoman. Cela a poussé les Arméniens à penser que ‘l’Etat ottoman allait être détruit et qu’ils auraient leur propre territoire’, selon Walsh.

« Donc je pense que le changement dans la politique extérieure britannique au début du 20e siècle a été un des facteurs entrainant les incidents de 1915 » poursuit l’historien irlandais.

Walsh qui a dernièrement écrit un livre appelé « Le Soulèvement arménien » et qui a fait son doctorat sur cette question à l’université de Belfast, affirme avoir accès aux archives ottomanes pour ses études et ajoute qu’il ne pourra pas dire la même chose pour les archives arméniennes.

Que s’est-il passé en 1915 ?

Les nationalistes arméniens qui ont profité de la Première Guerre Mondiale qui a opposé l’Etat ottoman à la Russie en 1914, ont collaboré avec les forces russes pour créer l’Etat arménien.

Quand l’armée russe envahit l’Est de l’Anatolie, elle connait un grand soutien des Arméniens ottomans et russes bénévoles. Certains Arméniens dans l’armée ottomane ont aussi rejoint l’armée russe. Les troupes constituées par les Arméniens ont endommagé les voies de logistiques de l’armée et elles ont ralenti la progression de l’armée ottomane. En même temps, les gangs arméniens ont massacré et réprimé les civils dans les endroits qu’ils ont occupés.

Pour prévenir ces faits, le gouvernement ottoman a essayé de convaincre les représentants et leaders arméniens, mais en vain. Suite à la multiplication des attaques de groupes arméniens, le gouvernement décide le 24 avril 1915 de fermer les groupes révolutionnaires arméniens, d’arrêter certains Arméniens prééminents et de les envoyer en exil. Ensuite, cette date est choisie afin de commémorer chaque année les incidents de 1915.

En raison des attaques qui se sont poursuivies malgré les mesures, une décision a été adoptée le 27 mai 1915 pour la déportation des Arméniens dans les zones de conflits et en coopération avec l’armée russe occupante.

Même si le gouvernement ottoman a fait des planifications pour les besoins humanitaires des personnes déportées, plusieurs Arméniens ont perdu la vie en raison des conditions de guerre, des combats intérieurs, des groupes locaux en quête de vengeance, des bandits, de la faim et des maladies épidémiques.

Les documents historiques exposent nettement que le gouvernement n’a pas l’objectif de provoquer ces incidents tragiques et sanctionne d’ailleurs les auteurs des crimes commis contre les Arméniens déportés. D’ailleurs, les personnes impliquées dans cette tragédie et jugées avant même que la guerre ne prenne fin, sont exécutées.

Une mémoire équitable et une empathie sont nécessaires

Ce qu’attendent l’Arménie et la diaspora arménienne en terme général est la reconnaissance de la déportation de 1915 comme génocide par la Turquie et le versement d’indemnités.

La notion de « génocide » est définie dans la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948, comme l’élimination partielle ou totale d’un groupe national, racial, ethnique ou religieux.

La Turquie souligne que les faits en question ne peuvent pas être reconnus comme un « génocide » et considère ces faits comme une tragédie pour les deux parties. La Turquie souligne que la question doit être résolue sous une perspective de « mémoire équitable » qui stipule une empathie entre les parties et un respect réciproque aux mémoires de chacune d’elle, tout en gardant la question à l’écart des conflits politiques et d’une approche unilatérale sur l’histoire.

La Turquie propose une étude sur les archives des parties mais également sur celles des pays tiers sur les incidents de 1915 et la création d’une commission d’histoire commune composée d’historiens turcs, arméniens et de spécialistes internationaux.
« Erevan doit saisir l’opportunité de normaliser les relations »

Le développement le plus important est survenu en octobre 2009 pour la normalisation des relations entre les deux pays. Les parties ont signé deux différents protocoles à Zurich en Suisse, afin de rétablir les relations diplomatiques et le développement des relations bilatérales.

Les protocoles envisageaient une étude scientifique et impartiale des sources historiques et des archives pour instaurer la confiance réciproque et la résolution des problèmes existants. Ils prévoyaient aussi la reconnaissance réciproque et l’ouverture des frontières.

Le gouvernement turc a directement présenté les protocoles à la Grande Assemblée Nationale Turque pour l’adoption mais le gouvernement arménien les a d’abord soumis à un examen de la Cour constitutionnelle. La Cour a déclaré que les protocoles contredisaient l’esprit et les expressions constitutionnels.

Le gouvernement arménien a déclaré en janvier 2010, voir gelé le processus d’adoption des protocoles. Ils ont été retirés en février 2015, c’est-à-dire 5 ans plus tard, par le gouvernement arménien.
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