RACISME ANTI-TURC À MONTBÉLIARD

vendredi 14 novembre 2014, par Engin

L’ancien maire socialiste de Montbéliard Jacques Hélias était poursuivi pour injures raciales, devant le tribunal de police.

L’injure, il « assume », car, assène d’entrée Jacques Hélias « je n’ai pas l’habitude de me débiner ». Enfin, juste un peu quand même ! N’a-t-il pas disparu des écrans radar publics et politiques depuis sa déroute aux municipales de mars ? L’homme, qui dit avoir pris sa retraite de la politique (« pour l’instant ») et de la médecine a réapparu jeudi. Dans le prétoire du tribunal de police pour y répondre d’injures raciales.

Dérapage

Un retentissant « saloperie de Turc » proféré au soir du second tour au quartier général d’un parti socialiste laminé aux municipales (27,71 % pour le maire sortant) et visant l’adversaire de Jacques Hélias en lice dans la quadrangulaire, le médecin Ilker Ciftci (sans étiquette 10,08 % des suffrages). « J’ai attendu bêtement des excuses, pas forcément publiques, je m’en fous, seulement un coup de fil du maire sortant pour s’excuser parce que ça peut arriver de déraper. On en serait alors resté là », lâche Ilker Ciftci. Pour les excuses, il faudra repasser. À aucun moment au cours de l’audience, Jacques Hélias n’a d’ailleurs fait mea culpa.

Las d’attendre « le petit coup de fil », l’insulté a donc saisi par citation directe le tribunal de police. Après une audience reportée en septembre (l’ancien maire était souffrant), les deux ex-adversaires politiques se retrouvaient hier sur le ring judiciaire. Plutôt sereins. Du moins, en façade. D’entrée, le conseil de Jacques Hélias, Me Robert Bauer ouvre les hostilités en soulevant une exception de nullité dans la rédaction de la citation, laquelle vise « pèle mêle » différents textes du code pénal. Riposte immédiate de Me Jean-Baptiste Euvrard, l’avocat d’Ilker Ciftci, partie civile qui réclame l’euro symbolique de dommages et intérêts : « lorsqu’on veut éviter le débat au fond, on se défend comme on peut et on en arrive à ce genre de scories ». Quant au parquet, il demande tout bonnement au tribunal de rejeter la nullité soulevée.

L’injure, Jacques Hélias l’assume donc. Son caractère racial, il le réfute farouchement. « C’est l’homme que je visais, pas la communauté turque où j’ai beaucoup d’amis ». L’injure a été lâchée au cours d’une soirée privée (l’anniversaire d’une collaboratrice) : « J’allais annoncer à mes colistiers ma démission. J’étais libre de ma parole car dans ma tête, je n’étais déjà plus maire ». Peu importe pour le parquet : « Même en tant que simple citoyen, les termes sont injurieux ».

« On ne lui reproche pas d’être un raciste patenté mais d’avoir versé un soir d’élection dans un excès raciste », plaide Me Euvrard. Il se doute bien qu’une campagne électorale n’a rien du conte de Noël ou tout le monde est beau et gentil « mais on attend autre chose que ce genre de débordement d’un homme qui porte l’écharpe tricolore ».

Lui, raciste ? « ça jamais. Tout ce que j’ai fait à l’attention des communautés issues de l’immigration en atteste », s’exclame Jacques Hélias. D’aucuns le lui concèdent. Y compris le procureur Thérèse Brunisso. Glissant sur le terrain de la tribune politique, Jacques Hélias se présente comme un homme de « l’intégration » à la différence d’Ilker Ciftci « dont l’idéologie frôle l’intégrisme », dit-il. C’est sur ce terrain-là, que l’ancien maire pris en défaut de vilains mots va poser son argumentaire. Celui d’une campagne électorale « rude, violente, injurieuse » conduite par les partisans d’Ilker Ciftci, soupçonné de « communautarisme ». Ilker Ciftci en tombe des nues : « Que de mensonges. Je suis choqué. Bouleversé parce ce que j’entends ». Pour Thérèse Brunisso, qui requiert la peine maximale (750 €) car l’injure raciale est « caractérisée », ce dérapage « décevant » fait tâche en cette fin de parcours politique et risque d’effacer tout ce que Jacques Hélias a pu être et a pu faire faire avant ». Réquisitoire qui fait bondir Me Bauer : « personne ici n’a qualité pour donner des leçons de morale politique à une personne qui n’a jamais démérité. En tous les cas, pas le parquet ». Illico il recadre le débat sur celui d’une contravention de 4e classe liée à un mot « malheureux, rien d’autre » et voit dans cette affaire de sombres manigances politiques. Mis en délibéré, le jugement sera rendu le 18 décembre.

Françoise JEANPARIS

Source : Est Répubicain


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