Communiqué de Presse d’Objectif 21.

vendredi 17 avril 2015, par Engin

COMMUNIQUE DE PRESSE

Question arménienne : retour de l’Eglise sur la scène politique.

L’homme d’Eglise François Leclerc du Tremblay (1577- 1638), plus connu sous le nom de « Père Joseph » était le premier conseiller du cardinal de Richelieu.
Membre éminent de l’ordre des capucins, qui étaient les confesseurs des rois et des princes, il avait tissé un puissant réseau de renseignement capable d’orienter en profondeur les affaires politiques du Royaume français.

Son pouvoir était tel qu’il fut surnommé « l’éminence grise », en référence à la robe grise qu’il portait alors que Richelieu, lui, était appelé « l’éminence rouge ».

Son grand rêve est une vaste croisade antiturque. A ce dessein il écrit un long poème épique « la Turciade » (rédigé entre 1617 et 1625) dans lequel il reprend tous ces poncifs de la littérature assimilant le Turc à l’infidèle et au barbare :

« Destinée à chanter la croisade, cette épopée de plus de 4600 vers latins offerte au pape Urbain VIII, faisait entrer son lecteur dans la cour céleste. Devant un parterre d’anges, le Christ prenait la parole : il exprimait sa douleur de voir le Proche et le Moyen-Orient dominés par les Musulmans et invitait les forces du ciel à y porter remède. »

Dans cet objectif de grande croisade contre les Turcs, il acquiert le soutien du Saint-Siège, va chercher les soutiens des Allemands et des Polonais, il entend également rallier à sa cause les minorités chrétiennes au sein de l’Empire Ottoman : il « voulait ainsi s’appuyer sur la force des Druzes du Liban, des Géorgiens et des Arméniens d’Asie Mineure. »

Il engage l’empereur Mathias et l’archiduc Ferdinand de Styrie pour attaquer les Turcs en Hongrie, alors que ceux-ci sont occupés dans une guerre contre les Perses.
Finalement, les rêves de croisade du père François Leclerc du Tremblay, dans le but de réunir l’Europe, ne se réaliseront pas.

C’était une époque où l’Eglise chrétienne tenait dans les affaires politiques un rôle essentiel, modulant et orientant les décisions des Etats d’Europe.

Ce rôle et cette place politiques de l’Eglise iront en déclinant à mesure de la laïcisation et la sécularisation des Etats européens.

La question des soulèvements des minorités d’hier à aujourd’hui :

Si jusqu’au XVIII siècle les rêves de grandeur étaient portés par les hommes d’Eglise qui voulaient chasser les Turcs d’Europe et du proche Orient, cette volonté fut soutenue après le XIXe siècle par les puissances coloniales.

Ainsi, la politique de soulèvement des minorités ethniques ou religieuses au sein de l’Empire Ottoman, conçue pour affaiblir et défaire l’Empire turc de l’intérieur, fut reprise et appliquée par les puissances coloniales aux XIXe et XXe siècles.

Les soulèvements arabes, bulgares, grecques, arméniens ont ainsi marqué la fin de l’ère ottomane pour finir par précipiter sa fin.

Un de ces soulèvements, que les puissances coloniales ont entraîné, fut durement réprimé par les autorités ottomanes de l’époque, ce fut celle des Arméniens d’Asie Mineure.

Par mesure de sécurité les dirigeants turcs prendront la décision de déplacer la population arménienne vers la Syrie – déplacement lors duquel des exactions mais également des maladies feront des centaines de milliers de victimes.

C’est cet épisode tragique de l’histoire qu’aujourd’hui les Parlements de différents pays décident ou pas de légiférer comme « génocide ».

Or, il n’appartient pas aux Etats, ni aux lois de « reconnaître » un événement historique mais aux historiens de l’étudier le plus exactement possible et autant sur la question arménienne que les autres.

Il ne viendrait à l’idée de personne qu’un Etat statue dans ses lois sur un théorème physique ou mathématique, ce serait là une grande régression de l’esprit de vérité dans un Etat et une porte qui serait ouverte à l’obscurantisme, or, c’est ce qui se passe sur la question arménienne, où des Etats statuent sur une question historique.

La vérité sur les événements de 1915 doit se faire par les historiens et aujourd’hui des historiens parmi d’éminents spécialistes de l’ère ottomane et du Moyen-Orient – parmi lesquels : Gilles VEINSTEIN, Bernard LEWIS, Guenter LEWY, Justin MC CARTHY ou encore Norman STONE – déclarent qu’il ne s’agissait pas d’un « génocide » car il n’y avait pas de volonté de tuer une communauté en raison de l’appartenance à celle-ci, ce qui est la définition d’un génocide.

Le retour de l’Eglise sur la scène politique :

C’est dans ce contexte que Jorge Mario Bergoglio récent pape François de l’Eglise catholique a qualifié de « génocide » les événements de 1915.

Cette déclaration ne doit évidemment rien au hasard.

Dans un monde en profonde mutation, où les repères nationaux deviennent de plus en plus fragiles, entraînant dans cette fragilité des crises sociales, le Vatican cherche à se replacer dans la course politique au sein du monde occidental.

Se présentant comme le protecteur et le rassembleur des Chrétiens, il cherche à réacquérir une force politique qu’il avait perdue depuis plusieurs siècles, son pouvoir se limitant à celui spirituel.

Nous verrons si l’Occident, comme le souhaitent les gens d’Eglise, se regroupera sous l’égide d’une croyance religieuse, ce qui paraît peu probable malgré les agitations du pape.

Ce qui semble plus assuré c’est qu’une alliance de pays occidentaux de tradition chrétienne entend exclure la Turquie du processus de l’adhésion à l’Union européenne, et ce, en utilisant aussi bien le mensonge que le chantage historique, sur le dos de la tragédie arménienne qui devient ainsi une question éminemment politique – le fait que la qualification de cette tragédie se fasse dans les Parlements montrent sans ambiguïté ce caractère politique.

Appel à la résistance quant à la politisation de la science historique :

L’association Objectif 21 condamne avec force l’ingérence du politique dans la science historique, ce qui annonce une ère obscurantiste, et appelle chaque citoyen qui tient aux valeurs de vérité à manifester sa désapprobation quant aux déclarations du pape François.

Ilker TEKIN
Vice-président d’Objectif 21.


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